Game in France : L’usine qui va changer les règles du jeu
Game in France : comment quatre experts ont transformé un « c’est impossible » en usine de jeux made in France à Nancy. L’histoire commence maintenant.
Game in France : La France peut-elle redevenir maîtresse de la fabrication de ses jeux ?
L’essentiel en 3 points :
- Game in France construit la première usine française de jeux de société, près de Nancy, avec un investissement de 5,5 M€ et un premier jeu prévu pour avril 2026.
- Le projet répond aux irritants de la filière : délais longs, coûts de transport, risques géopolitiques.
- Le projet est porté par quatre cofondateurs expérimentés qui ne promettent pas l’impossible, mais une alternative crédible et souveraine.
Chaque boîte de jeu que vous avez ouverte a probablement parcouru 10 000 km avant d’atterrir sous votre sapin. Game in France veut changer ça.
« Et si la France redevenait maîtresse de la fabrication de ses jeux… sans sacrifier ni la qualité ni la compétitivité ? »
C’est par cette question que les fondateurs de Game in France ont ouvert leur conférence au Festival International des Jeux de Cannes ce jeudi 26 février 2026, conférence à laquelle j’ai assistée.
Mais derrière les machines, les chiffres et la standardisation, se cache une histoire humaine.
Un fonctionnaire qui a posé la question que personne ne voulait entendre
Timothée Leroy l’a raconté avec émotion :
« Je suis franchement fier de ce que nous avons réussi à accomplir. »
Il évoque un nom : Pierre-Yves Boiffin, représentant de l’État.
En mars 2019, celui-ci constate que le jeu de société entre dans le top 10 du chiffre d’affaires régional. Il entreprend alors un tour des éditeurs.
Les réactions sont prudentes. Méfiantes, même.
Des politiques qui viennent poser des questions ? Le plus souvent, cela ne débouche sur rien.
Et pourtant.
Pierre-Yves Boiffin pose une question toute simple :
« Pourquoi ne construiriez-vous pas une usine pour la filière, en France ? »
La réponse de Timothée Leroy, à l’époque :
« Ça ne marchera jamais. Une usine Made in France, ce n’est tout simplement pas possible. »
Et c’est précisément là que le projet commence.
Challenger l’impossible
Plutôt que d’abandonner l’idée, ils décident de retourner la question :
Pourquoi ce ne serait-il pas possible ?
L’État. La Région. Des investisseurs privés. Des acteurs du secteur. Petit à petit, le projet prend forme.
« Un travail considérable. Un temps considérable investi. »
Aujourd’hui, ils sont presque au terme du voyage.
Et Timothée Leroy de conclure :
« Quand nous pourrons enfin sortir les premières boîtes, avoir les premiers jeux Made in France sur le marché… je pense que ce sera déjà, pour nous les fondateurs, une immense fierté. »
Mars 2026 : les machines. Avril 2026 : le premier jeu
Le calendrier affiché est précis :
- Mars 2026 : réception des dernières machines et phase de réglages
- Avril 2026 : première production complète d’un jeu, Dozito
L’usine est implantée près de Nancy, en Meurthe-et-Moselle.
Une réponse industrielle à des problèmes bien connus
Le projet s’attaque aux irritants que toute la filière connaît :
- délais maritimes excessifs
- flambée des coûts de transport
- risques géopolitiques
- frais de douane
- variations des taux de change
- ruptures et surstocks
Game in France propose en réponse :
- 4 à 5 semaines entre commande et livraison (pour les standards inférieurs à 10 000 exemplaires)
- Minimum 500 exemplaires
- Standardisation des formats pour réduire les frictions et les coûts
- Formats non standards possibles, à volume adapté
- Encres végétales
- Inclusion sociale via un ESAT partenaire local
- Investissement total : 5,5 M€, dont 1,4 M€ apportés par l’État
Game in France, une ambition lucide
Game in France ne promet pas de relocaliser l’intégralité de la production française. Ses fondateurs savent que certains marchés sont résolument internationaux.
Mais ils entendent offrir une alternative stratégique, une capacité, une maîtrise.
Entre pari industriel et maturité sectorielle
Game in France n’est ni un slogan patriotique, ni un simple effet d’annonce.
C’est un projet industriel structuré, chiffré, financé, planifié. Un projet né d’un défi lancé presque par provocation : « Pourquoi ce ne serait-il pas possible ? »
Oui, produire en France reste plus exigeant. Oui, la standardisation impose une certaine discipline. Oui, tout ne pourra pas être relocalisé.
Mais la différence ici, c’est l’expérience.
Les quatre cofondateurs ne découvrent ni l’industrie, ni le jeu, ni les réalités du marché. Ils cumulent des décennies d’expertise dans l’édition, la production, la chaîne logistique, le packaging et la direction industrielle.
Ils connaissent les contraintes des éditeurs. Ils connaissent les machines. Ils connaissent les risques.
Et c’est sans doute ce qui confère à ce projet une crédibilité rare.
Le premier jeu Made in France sortira bientôt des lignes de production. À ce moment-là, ce ne sera pas seulement une réussite industrielle.
Ce sera la preuve qu’une filière peut se structurer, se challenger et reprendre une part de sa souveraineté, sans renoncer à la qualité ni à la compétitivité.
Et si la France redevenait vraiment maîtresse de la fabrication de ses jeux ?
La réponse commencera peut-être à s’imprimer sur la première boîte sortie de Nancy.
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