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Bye bye plastique ? Les vraies pistes pour des figurines plus vertes

🌱 Peut-on verdir les figurines de jeux sans greenwashing ? On a enquêté sur le PVC, le recyclé, les bioplastiques et les alternatives vraiment crédibles.


Des figurines « vertes ». Oui, mais

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L’essentiel en 3 points :

  • Il n’existe pas de figurine miracle : le vrai levier, c’est d’abord de réduire la masse plastique.
  • Le recyclé et certains composites comme le RE-Wood sont aujourd’hui plus crédibles que le simple vernis “biosourcé”.
  • Sans collecte, réemploi ni reprise, même une figurine “plus verte” finit souvent comme les autres.

Et si la figurine la plus écologique était tout simplement celle qu’on n’a jamais moulée ?

Est-ce que vous aimez, vous les (belles) figurines dans vos jeux de plateau ? Le marché, oui. Sauf qu’entre le PVC, l’ABS, le HIPS, les résines et une fin de vie souvent calamiteuse, la fig en plastique a un coût qu’on voit peu. Peut-on vraiment la verdir ? Oui, un peu. Mais pas avec une matière miracle : plutôt avec des arbitrages de design, de matière et de seconde vie.

Pendant des années, le hobby a avancé à coups de boîtes “deluxe”, de stretch goals et d’all-in avec palettes de figurines. Résultat : la fig est devenue un argument commercial presque automatique. Sauf qu’une figurine, ce n’est pas juste du “wow” sur la table. C’est aussi du PVC, de l’ABS, du polystyrène choc ou de la résine, parfois peinte, parfois mélangée à d’autres matières, presque toujours difficile à trier correctement une fois le jeu abîmé ou abandonné. Et là, tout le problème commence.

La figurine en plastique, c’est un peu comme les chasseurs des Inconnus. Il y a les bons plastiques, et les mauvais plastiques. Les données sont assez claires : si l’on raisonne en cycle de vie, le levier principal n’est pas seulement le “bon” polymère, mais la quantité totale de matière embarquée. Pour la seule production du polymère, on est autour de 2,51 kg CO2e par kilo de PVC et 3,68 kg CO2e par kilo de polystyrène dans les ordres de grandeur européens cités. L’injection ajoute encore environ 0,962 kg CO2e par kilo de produit. Dit autrement : quand une boîte multiplie les figurines pour gonfler son effet vitrine, elle alourdit son bilan avant même d’arriver sur la table.

Autre angle mort : la chimie elle-même. Les additifs, pigments, plastifiants et stabilisants compliquent la recyclabilité réelle. C’est encore plus vrai pour les petites pièces non marquées, peintes ou issues de résines thermodurcissables, qui ne se refondent pas comme un thermoplastique classique. Même le cadre réglementaire se durcit : plusieurs phtalates restent sous restriction au niveau européen, et les usages professionnels de diisocyanates sont soumis à une formation obligatoire depuis le 24 août 2023.

Réduire avant de remplacer

La première solution, la moins sexy et sans doute la plus efficace, c’est donc de réduire. Moins de figurines. Des figurines plus petites. Des doublons supprimés. Des standees ou des pions carton là où l’information visuelle compte plus que le volume. Alors clairement, soyons lucides, ça ne vend pas du rêve sur une bannière Kickstarter, mais c’est souvent le vrai geste écologique. Le Livre blanc d’écoconception, commandé en 2021 à l’initiative de l’UEJ, l’union des éditeurs de Jeux, rappelle d’ailleurs que, dans un jeu, le poids des composants pèse plus lourd que le seul transport. Bref, la meilleure figurine “verte” est souvent celle qu’on a eu le courage de ne pas produire.

Quand la figurine est indispensable, la piste la plus crédible aujourd’hui, ce n’est pas le miracle biosourcé. C’est le recyclé — quand le cahier des charges l’accepte. Dans les données compilées par ton dossier, un rABS sort autour de 1,04 kg CO2e/kg en gate-to-gate, contre 2,879 kg CO2e/kg pour un ABS vierge dans une autre analyse cradle-to-gate. L’écart est loin d’être anecdotique. Mais il y a un prix à payer : variabilité de teinte, contraintes de qualité, disponibilité plus inégale. En clair, ça marche surtout si l’éditeur accepte une matière moins “cosmétique” et si la pièce reste simple, mono-matière, pas surpeinte d’usine.

À côté de ça, un matériau attire de plus en plus l’attention : le RE-Wood. CGE le présente comme un composite à 80 % de résidus de bois et 20 % de liants recyclés, capable de passer par un procédé proche de l’injection tout en gardant un niveau de détail intéressant pour le jeu de société. Kutná Hora a servi de vitrine, et l’éditeur a même racheté en 2024 l’usine Oriens Karton pour renforcer sa capacité de production en République tchèque. D’autres industriels, comme Boda Games, proposent aussi ce type de composite comme alternative aux plastiques vierges. C’est prometteur. Mais il faut rester lucide : disponibilité limitée, palette de rendu moins large, et dépendance à des acteurs encore peu nombreux.

Les fausses bonnes idées

La fausse bonne idée la plus fréquente, c’est le mot “compostable” brandi comme un joker. Un PLA ou un PHA peut avoir du sens dans certains cas, surtout pour réduire la dépendance au fossile ou sur de petites séries. Mais non, “biosourcé” ne veut pas dire “inoffensif”, et “compostable” ne veut pas dire “recyclable”. L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, en France) le dit très clairement : composter un plastique compostable, ce n’est pas le recycler, puisque la matière est majoritairement transformée en CO2 et ne redevient pas un nouvel objet. Et l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, en France aussi) va plus loin : aucune matière plastique, même dite biodégradable ou compostable, ne devrait finir dans un composteur domestique.

L’impression 3D, elle aussi, mérite d’être remise à sa place. Pour du prototypage, des pièces de remplacement, des petites séries locales ou de l’impression à la demande, oui, elle peut éviter des stocks inutiles et raccourcir certaines chaînes. Pour du mass market à plusieurs milliers de boîtes, on en est encore loin : temps machine, énergie, résines thermodurcissables non recyclables… le modèle ne remplace pas l’injection du jour au lendemain. Là encore, ce n’est pas une baguette magique. C’est un outil de niche, intéressant quand il s’appuie sur des filaments recyclés ou sur des usages très ciblés.

Ceux qui bougent, pour de vrai

Ce qui change un peu la donne, en revanche, ce sont les acteurs qui travaillent la fin de vie plutôt que le storytelling vert. Games Workshop, par exemple, explique avoir collecté plus de seize tonnes de grappes et pots de peinture via son programme avec TerraCycle, étendu à tous les magasins Warhammer en France à partir de fin avril 2025. Le point important, c’est qu’on parle ici d’une vraie collecte dédiée. Le point moins flatteur, c’est que le flux reste très encadré : pas de résine, pas de métal, pas de figurines d’autres marques. Et pas encore de boucle fermée en nouvelles figurines. Mais au moins, on sort enfin du “débrouillez-vous avec vos chutes”.

Dans le jeu de société au sens large, les avancées viennent souvent de côté, en commençant par ce qui est le plus facile à changer. Stonemaier a remplacé les œufs plastiques de Wingspan par du bois et basculé ses plateaux vers de la pulpe de canne à sucre non blanchie ; Lookout a lancé sa gamme Greenline avec Forêt Mixte, annoncée comme entièrement sans plastique et produite en papier certifié FSC ; Bioviva, de son côté, continue de pousser des jeux fabriqués en France, avec encres végétales et fermeture sans emballage plastique sur des titres comme Climat Tic-Tac. À l’autre bout du spectre, Earthborne Rangers sert de preuve de concept beaucoup plus radicale, avec une promesse de zéro plastique revendiquée par son éditeur. Rien de tout cela ne “sauve” la figurine premium. Mais ça montre quelque chose d’important : on peut déjà retirer beaucoup de plastique sans dégrader l’expérience de jeu.

Le signal le plus intéressant de 2025-2026 vient peut-être même de l’emballage. Ahlstrom et one.five ont développé avec Tactic Games un papier transparent thermoscellable présenté comme fossil-free pour remplacer le film plastique autour des paquets de cartes, avec un avantage décisif : la solution fonctionne sur les lignes existantes, sans modifier les machines. Et, dans le même temps, le Green Games Guide a publié le 2 mars 2026 une version 1.1 enrichie, puis a programmé une intervention dédiée à la durabilité du jeu de société à la GDC 2026. Autrement dit : le sujet n’est plus marginal. Il est en train de devenir un vrai sujet industriel. Et Game in France lance justement ses jours-ci la toute première usine de production de jeux de société en France. Même si pour l’instant, il n’est pas encore question de figurines. Mais peut-être dans un avenir (plus ou moins) proche ? On croise les doigts, les orteils, tout ça.

La loi pousse aussi

La pression réglementaire va dans le même sens. Le règlement européen PPWR est entré en vigueur le 11 février 2025 et sa date générale d’application tombe 18 mois plus tard, donc à l’été 2026. Oui, dans quelques semaines. Les figurines elles-mêmes ne sont pas de l’emballage, bien sûr. Mais la logique de recyclabilité, de réduction des matières vierges et de traçabilité remonte mécaniquement toute la chaîne. En France, la filière REP jouets est opérationnelle depuis le 21 avril 2022, et Ecomaison communique désormais aussi sur la seconde vie des jeux de société, avec collecte, réemploi, réparation et recyclage quand c’est possible. Là encore, ça ne résout pas la mini elle-même. Mais ça change une chose essentielle : la fin de vie devient enfin un sujet de filière, pas un angle mort.

Alors, bye bye plastique ? Pas tout de suite. Et sûrement pas d’un seul coup. La piste sérieuse, aujourd’hui, c’est un trio assez terre à terre : réduire la masse plastique, basculer vers du recyclé ou des composites quand c’est crédible, et organiser une vraie seconde vie. Le reste, le mot “bio” plaqué sur la boîte, le compostable vendu comme solution universelle, l’illusion d’une fig premium soudain innocente, ressemble encore trop souvent à du décor.

Mais. Mais. Avec la guerre, tragique, qui secoue le Moyen-Orient depuis une semaine, on assiste à une envolée (93 dollars le baril constaté ce matin, samedi 7 mars 2026, soit plus de 10% depuis le début du conflit samedi 28 février fermer la parenthèse) du cours du pétrole. Un pétrole plus rare, c’est un pétrole plus cher. Et avec la fermeture du détroit d’Ormuz, l’approvisionement en pétrole de la Chine -qui tire principalement son pétrole des pays du Golfe Persique- risque d’être très, très compliqué. Et qu’est-ce qu’on fait, entre autre, avec le pétrole ? Des figurines, bien sûr. Et si la crise s’inscrit dans la durée, passer à une matière que le pétrole va rapidement devenir une obligation.

Bref. La prochaine fois qu’un éditeur vous vend 120 figurines exclusives et oufissimes, posez-lui, posez-vous trois questions très simples : quelle matière, quelle part recyclée, et qu’est-ce qu’on en fait après ? Alors clairement, c’est beaucoup moins glamour qu’un dragon de 32 cm en stretch goal. C’est aussi nettement plus utile.

Le mot de la fin ? La figurine la plus verte n’est pas toujours celle qu’on moule mieux. C’est souvent celle qu’on a osé enlever de la boîte.

Pour vous, une figurine “plus verte”, c’est d’abord…

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