As d’Or 2026 : Le triomphe inattendu du jeu à deux
Cannes a rendu son verdict ! Toy Battle crée la surprise. Palmarès historique, tacle anti-IA et jeux en duel : on débriefe les As d’Or 2026.
As d’Or 2026 : Le jour où le duel a braqué Cannes
L’essentiel en 3 points :
- Toy Battle, Zénith et Mookies s’imposent. Le format 2 joueurs exclusif écrase le palmarès.
- Un discours coup de poing de Florian Sirieix sur scène pour défendre « l’âme des artistes ». Une fronde anti-IA.
- Civolution gagne l’Expert, validant un jeu très exigeant (3h de durée) qui fera fondre vos neurones.
Vous galérez toujours à réunir vos amis pour jouer ? Bonne nouvelle, le jury de Cannes a littéralement pensé son palmarès pour vous.
Jeudi soir, Cannes. Il flottait comme un air de révolution dans le Palais des Festivals. Bon, Vincent Dedienne a fait le show pour sa dernière année de jury. Il a rappelé l’hallucinante lourdeur de la tâche du jury : évaluer 571 jeux éligibles, soit « l’équivalent de lire 86 fois le journal d’un prisonnier de Nicolas Sarkozy ».
Il s’est même fendu d’un faux prix du « Pire jeu de l’année » pour exorciser ces centaines de règles indigestes et tacler l’avalanche de licences mercantiles (Monopoly Méga Édition, sérieusement ?). On a ri. Et on a eu la gorge serrée, aussi, lors de la standing ovation bouleversante pour Cédrick Chaboussit (Lewis & Clark, Lueur, Tea for Two…), tragiquement disparu il y a quelques jours.
Mais parlons du palmarès. Parce que franchement, il y a de quoi être surpris (en bien ?).
Vous pensiez que l’As d’Or, c’était la grand-messe du jeu familial à quatre autour d’une table ? Oubliez ça. Cette année, le jury a décidé de tout casser. Sur quatre prix, trois récompensent des jeux de duel. Le face-à-face prend le pouvoir.
Toy Battle crée la surprise (Tout Public)
Tout le monde donnait l’excellent Flip 7 gagnant. Moi le premier. Raté. C’est Toy Battle (Repos Prod) qui rafle la statuette. Et c’est un séisme. Un jeu exclusivement à deux. Qui plie une partie en 15 minutes chrono.
On y balance des canards en plastique et des robots pour écraser l’adversaire. C’est vif, c’est très méchant, et la rejouabilité est dingue. Le message est clair : oui, on joue massivement en couple ou avec un.e seul pote, et le marché s’adapte enfin.
Nous avions lancé un sondage sur les pronos du prix. Vous avez été 1 204 à répondre. Vous avez vu juste.

L’Île des Mookies et la punchline de la soirée (Enfant)
Encore un jeu à deux ! Le Scorpion Masqué l’emporte avec ce titre malin de Florian Sirieix et Seppyo. Mais le vrai moment de grâce n’était pas dans la boîte. Sur scène, Florian a lâché la phrase qu’on attendait tous : « Merci aux artistes du monde entier, ceux qui créent avec leur âme et pas avec leur prompt. » Pan. Un tacle pur et assumé à l’IA générative. Dans un milieu créatif sous tension, ça fait un bien fou de l’entendre haut et fort.
L’auteur français a su rebondir avec intelligence sur l’actu. On se rappelle de la controverse de Ryan Dancey d’il y a quelques jours. Le cadre chez l’éditeur de jeux américain AEG affirmait qu’avec un bon prompt, l’IA pouvait (très bien ?) créer un jeu comme Flip 7, justement nommé pour l’As d’Or. Et « fun » fact, à la suite de cette annonce sur son compte Linked, il aura fallu quelques heures pour qu’il se fasse lourder. AEG, et toute la commu, dont Florian Sirieix pendant la remise des As d’Or, visiblement, n’ont pas apprécié.
Pour les pronos, vous avez été 748 à répondre. Là aussi, vous avez vu juste.

Zénith, le tir à la corde de l’espace (Initié)
Là, on s’y attendait un peu plus. Zénith (PlayPunk) survolait sa catégorie. Et devinez quoi ? C’est encore un duel (jouable à 4 en équipes, mais clairement pensé pour 2). Grégory Grard et Mathieu Roussel nous livrent un bras de fer hyper tendu. Voir ces auteurs, qui rêvaient du prix depuis les gradins il y a trois ans, brandir le trophée… c’est pour ça qu’on aime Cannes.
Pour les pronos, vous avez été 1 165 à répondre. Là encore, vous avez vu juste.

Civolution, l’Expert sans concession
Face au chaos narratif d’Arcs, c’est l’école du tableur Excel qui l’emporte. Stefan Feld gagne avec Civolution. Son 41e jeu. Un monstre absolu de 3 heures avec 40 pages de règles. Sur scène, l’équipe a remercié le jury d’avoir primé un jeu « sans compromis ». Traduction : on va vous faire fondre les neurones, et vous allez en redemander.
Côté pronos, vous avez été 959 à répondre. Vous y étiez presque.

Le grand écart des horloges
Au fait, vous avez remarqué la durée des parties primées ? D’un côté, le grand public plébiscite l’accessibilité immédiate : Toy Battle plie l’affaire en 15 minutes, l’Enfant en 10 minutes. La tendance est à la « snackisation » du jeu de société, à la fulgurance hyper-rejouable. Des règles courtes, une mise en place immédiate et des parties brèves et tendues.
À l’extrême inverse, la catégorie Expert s’envole vers les 3 heures d’intense réflexion avec Civolution. L’As d’Or assume pleinement cette polarisation du marché : il ne cherche plus à « adoucir » la catégorie Expert pour plaire au plus grand nombre. Il valide l’idée qu’un jeu complexe, lent et lourd est une promesse d’expérience profonde. Pas un défaut. On valide.
Et le boys club, on en parle ?
Difficile de boucler cet article sans souligner l’éléphant dans la pièce. Et je sens qu’on va à nouveau se faire allumer. 12 jeux nommés. 19 auteurs crédités. Zéro femme au game design. Rien. Nada.
Alors oui, la nouvelle règle exigeant de créditer les illustratrices sur la boîte a permis de célébrer des talents comme Seppyo ou Maud Chalmel. Mais côté mécaniques, la sélection est 100% masculine. Taper sur l’IA, c’est tendance. C’est facile. Mais on aurait pu aussi relever, critiquer cet entre-soi d’auteurs masculins. En 2026, ça pique méchamment les yeux. Il y a encore du boulot.
Bref. Hier soir avec l’As d’Or 2026, le jeu à deux est roi, l’exigence paie, et l’IA s’est pris une bonne claque. Un grand cru. Et vous, vous en pensez quoi de cette razzia du duel ?
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