CMON : Cthulhu: Death May Die vendu pour survivre
Coup de théâtre ! Asmodee rachète Cthulhu: Death May Die. On décrypte le naufrage financier de CMON et l’avenir du jeu culte.
Cthulhu: Death May Die racheté par Asmodee

L’essentiel en 3 points :
- CMON, en proie à de graves difficultés financières après des pertes record, a vendu sa licence culte Cthulhu: Death May Die pour assurer sa survie immédiate.
- Le géant Asmodee a racheté la licence, sécurisant la campagne de financement participatif en cours et promettant de développer la gamme.
- Ce rachat symbolise un changement d’ère dans l’industrie : la chute du modèle Kickstarter flamboyant et risqué de CMON face à la consolidation stratégique d’Asmodee.
On pensait que le plus grand danger dans Cthulhu: Death May Die venait des Grands Anciens, mais la vraie menace était bien plus terre à terre : une réunion de conseil d’administration.
Le 20 octobre 2025. Une notification Gamefound. Et soudain, le petit monde du jeu tremble. Ce n’est pas l’invocation d’une horreur cosmique qui provoque l’émoi, mais une annonce bien plus pragmatique, et pourtant lourde de conséquences : Asmodee vient de mettre la main (ou le tentacule) sur Cthulhu: Death May Die (DMD).
Oui, vous avez bien lu. La licence culte, joyau de l’éditeur CMON, change de crémerie. Pour des milliers de backers angoissés par la campagne Forbidden Reaches en cours, c’est un immense soupir de soulagement. Pour CMON, c’est peut-être un clou de plus dans le cercueil. Et pour l’industrie, c’est un signal fort.
Analyse d’un rachat qui ressemble moins à une transaction commerciale qu’à un sauvetage en pleine tempête sur fond de naufrage industriel.
CMON, chronique d’un naufrage annoncé
Pendant des années, CMON a été le roi soleil de Kickstarter. Zombicide, Blood Rage, Massive Darkness… L’éditeur hongkongais enchaînait les campagnes millionnaires, nous aveuglant avec des montagnes de figurines exclusives et un marketing agressif basé sur la peur de manquer (le fameux FOMO). Plus de 100 millions de dollars levés en une décennie. Impressionnant, non ?
Sauf que le château de cartes était fragile. Très fragile.
Le modèle CMON, c’était de la haute voltige sans filet. On lançait une campagne pour financer la production de la précédente. Un système qui ressemble dangereusement à une fuite en avant, voire, comme certains observateurs le murmurent, à un « schéma de Ponzi » ludique. Tant que la machine tourne à plein régime, tout va bien. Mais au moindre grain de sable, tout s’effondre.
Et le grain de sable est arrivé. Chute des revenus du crowdfunding, hausse des coûts… La réalité financière a rattrapé la fiction. Les chiffres sont vertigineux et donnent le tournis : près de 10 millions de dollars de pertes cumulées entre 2024 et mi-2025. En 18 mois, CMON a brûlé l’équivalent de neuf années de profits.
La grande braderie des licences
Face à la banqueroute, une seule solution : la grande braderie. CMON vend ses bijoux de famille pour survivre. En mai, Blood Rage, Rising Sun et Ankh sont partis chez Tabletop Tycoon. Puis, le coup de tonnerre en juin dernier : la vente de Zombicide, la poule aux œufs d’or, à… Asmodee, déjà. CMON vient même de revendre ses bureaux.
| Propriété intellectuelle | Acquéreur | Date annoncée (2025) | Importance stratégique |
| Blood Rage, Rising Sun, ANKH: Gods of Egypt | Tabletop Tycoon | Fin mai | La « trilogie mythique » d’Eric Lang, cœur de la réputation de CMON auprès des joueurs experts. |
| Arcadia Quest, Starcadia Quest | Tabletop Tycoon | Fin mai | Des gammes populaires de « dungeon crawl » accessibles. |
| Zombicide (licence principale) | Asmodee | 10 juin | La licence la plus célèbre et la plus rentable de CMON, son moteur financier. |
| Hel: The Last Saga, Anastyr | Don’t Panic Games | 10 septembre | Des licences récemment acquises et revendues avant même d’être finalisées, signe d’une incapacité à gérer de nouveaux projets. |
| Cthulhu: Death May Die | Asmodee | 20 octobre | Une autre licence majeure avec une communauté très active et une campagne en cours. |
Avec la vente de Cthulhu: Death May Die, l’une de ses dernières licences vraiment bankable, on peut légitimement se demander ce qu’il restera de CMON demain.
Le Léviathan s’éveille
Pendant que CMON prenait l’eau, Asmodee affûtait ses harpons. Le géant mondial, récemment libéré du bourbier Embracer Group, retrouve son appétit d’ogre. Son PDG, Thomas Kœgler, l’a annoncé clairement : la stratégie de croissance externe est réactivée.
Asmodee ne rachète pas au hasard. C’est un opportunisme froid et calculé. Pourquoi s’embêter à développer de nouvelles licences quand on peut s’offrir, à prix cassé, des succès éprouvés avec des communautés de fans déjà établies ? Zombicide hier, Death May Die aujourd’hui. C’est efficace, et un peu effrayant.
Signe des temps, Asmodee a même monté une équipe dédiée au participatif, dirigée par David Preti (ironiquement, un ancien architecte des campagnes CMON).
Quel avenir pour notre culte préféré ?
Alors, que signifie ce rachat pour nous, les joueurs et les joueuses ?
La bonne nouvelle : Forbidden Reaches est sauvé. Ouf. Asmodee s’est engagé à honorer la campagne Gamefound. Leur « priorité absolue » est de livrer le jeu avec la qualité attendue. Vu la puissance logistique et financière d’Asmodee, le projet aboutira. Fini l’angoisse de voir notre argent s’évaporer dans les limbes financiers de CMON.
L’incertitude : Le monstre va-t-il être dompté ? Cthulhu: Death May Die, créé par Eric M. Lang et Rob Daviau, est adoré pour son côté excessif, déjanté, et ses campagnes Kickstarter gargantuesques. Asmodee est connu pour sa gestion rigoureuse, sa volonté de pérenniser les gammes et de les rendre accessibles en boutique.
On peut s’attendre à une distribution plus large et plus stable. Mais l’ère des campagnes délirantes avec 50 figurines exclusives et des stretch goals à n’en plus finir est probablement révolue pour DMD. Asmodee va rationaliser, lisser, peut-être rendre le jeu plus « corporate ».
La fin d’une époque
La chute de CMON est une fable moderne sur les dangers d’un modèle économique bâti sur la hype et la croissance perpétuelle. L’ascension d’Asmodee, elle, illustre la consolidation implacable de notre industrie.
L’âge d’or du Far West de Kickstarter, où tout semblait possible, cède la place à l’ère des empires.
Cthulhu: Death May Die entame un nouveau chapitre. Arraché au gouffre de la faillite, il est désormais entre les mains du plus puissant éditeur de la planète. L’avenir du Grand Ancien est assuré, mais la nature de sa folie a peut-être changé pour toujours. Le Grand Ancien est sauvé, mais ne vous y trompez pas : c’est désormais Asmodee qui tire les tentacules.
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