Panorama : La montgolfière qui rend les tuiles plus douces
Panorama du Scorpion Masqué déroule tuiles, fleurs et montgolfières : un jeu familial superbe, malin, cosy… mais pas révolutionnaire.
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Panorama : La montgolfière qui rend les tuiles plus douces
Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
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L’essentiel en 3 points :
- Un jeu familial de pose de tuiles très beau, rapide et facile à sortir.
- Le vrai sel vient de l’ordre du tour : prendre loin, c’est laisser jouer les autres.
- 4/5 : excellent dans sa catégorie, mais trop classique pour décrocher la note maximale.
La tuile parfaite est juste là. Trois piles plus loin. Et c’est exactement pour ça que vous ne devriez peut-être pas la prendre.
Sortir en 2026 un jeu de pose de tuiles bucolique, avec des paysages, des animaux, des fleurs, des objectifs communs et une promesse de détente, c’est un peu comme arriver à Cannes en montgolfière au-dessus d’un parking déjà plein. On vous voit. On vous entend. Mais il va falloir trouver un coin où se poser.
Panorama, le nouveau jeu du Scorpion Masqué, arrive donc dans un ciel chargé. Il y a déjà Cascadia pour les écosystèmes élégants, Harmonies pour les petits biotopes en 3D mentale, Kingdomino pour la multiplication qui fait plaisir (et des nœuds dans la tête), Patchwork et Tokaido pour cette idée savoureuse du « dernier joue ». Alors quoi ? Encore des tuiles, encore de la nature, encore du mignon ?
Oui. Et pourtant, ça marche. Pas parce que Panorama réinvente la roue. Il ne la réinvente pas. Il la gonfle d’air chaud, lui accroche une nacelle, et nous invite à regarder le paysage autrement. Plus lentement. Plus calmement. Avec cette petite tension qui vient piquer le bout des doigts juste au moment où l’on croyait jouer à un simple jeu doudou. Encore un.

Une balade en montgolfière, vraiment
Dans Panorama, chaque personne construit son propre paysage, tuile après tuile, depuis une montgolfière. Pas de conquête, pas de baston, pas de petit couteau glissé dans les côtes du voisin au passage. On assemble. On observe. On choisit. Et surtout, on accepte que le paysage parfait n’existe pas. Ce qui, entre nous, ressemble assez à un dimanche soir de retour de vacances sur l’A1 entre Lausanne et Genève.
Le centre de la table forme une sorte de roue. Autour, des piles de tuiles paysage. Les montgolfières des joueuses et joueurs se posent sur ces emplacements. À son tour, on choisit une tuile visible sur une pile non occupée, on déplace sa montgolfière, puis on ajoute la tuile à gauche ou à droite de son panorama. Pas au milieu. Jamais. La vie est déjà assez compliquée.
La petite liberté vient du décalage vertical. Les tuiles sont longues, ondulées, presque en vaguelettes. On peut les ajuster en hauteur pour faire correspondre les terrains. C’est discret, mais important. Là où une tuile carrée ferait juste « clac », Panorama demande un micro-ajustement. Un petit geste. Et ce petit geste donne au jeu une partie de son identité.
Le vrai moteur ? Le tempo
La meilleure idée de Panorama, c’est l’ordre du tour. Une fois qu’une tuile est prise, le jeton Soleil avance jusqu’à la prochaine montgolfière. Cette personne joue ensuite. En clair : si vous foncez loin pour récupérer LA tuile parfaite, vous laissez peut-être plusieurs actions aux autres avant de rejouer.
C’est tout simple. Et c’est précisément pour ça que ça fonctionne. Une tuile proche, moyenne, un peu bancale, peut valoir davantage qu’une tuile lointaine splendide. À l’inverse, certaines tuiles justifient le grand saut. Une rivière qui ferme un objectif. Une forêt pleine de fleurs. Un animal qui double la valeur d’une zone. On se surprend à faire des calculs de comptoir : « Est-ce que je prends la tuile parfaite maintenant, ou est-ce que je laisse ce cadeau empoisonné à quelqu’un d’autre ? »
Voilà le cœur de Panorama. Pas la pose. Pas le score. Le coût d’opportunité. Dit comme ça, OK je vous l’accorde, c’est un peu moche. En revanche, sur la table, c’est limpide : plus vous vous éloignez, plus les autres respirent. Et dans un jeu de montgolfière, laisser trop d’air aux autres, c’est rarement une bonne nouvelle. Je vous ai déjà dit que je m’y connaissais à donf pas du tout en montgolfière ?

Comment on marque ?
Le scoring est familier, presque confortable. Pour chaque zone continue d’un même terrain, on multiplie le nombre de fleurs par le nombre d’animaux. Deux fleurs et trois animaux ? Six points. Trois fleurs et quatre animaux ? Douze. Une grande zone sans animal ? Zéro. Des animaux sans fleurs ? Zéro aussi. Panorama ne récompense pas l’accumulation au hasard. Il récompense l’équilibre.
Ce système rappelle immédiatement Kingdomino. Ce n’est pas une accusation, c’est une filiation. La différence, ici, tient à la forme des tuiles et au choix latéral. Comme on ne peut poser qu’à gauche ou à droite, on finit régulièrement par condamner une zone. Elle reste là. Petite prairie avec une fleur, aucun animal, et beaucoup de regrets. Le jeu est doux, oui, mais il sait vous regarder dans les yeux au moment du décompte.
À cela s’ajoutent trois objectifs communs. Ils peuvent porter sur le ciel, la rivière ou le paysage : ciel moins nuageux, plus longue rivière, moins de zones, davantage d’oiseaux, ce genre de petite obsession ludique qui transforme une belle balade en compétition polie. Chaque objectif vaut 10 points pour la personne qui s’en sort le mieux. Dans un jeu de vingt minutes, 10 points, ce n’est pas une caresse. C’est un coup de vent force 22. Je vous ai déjà dit que je m’y connaissais à donf pas du tout en vent ?
Les objectifs : le sel, et parfois le grain de sable
Les objectifs font beaucoup pour la rejouabilité. Ils empêchent Panorama de devenir un casse-tête solitaire où l’on ne regarderait que son petit coin de nappe. Une partie avec une longue rivière ne se joue pas comme une partie où l’on veut minimiser les zones. On lève les yeux. On surveille. On comprend que la voisine n’est pas seulement en train de faire joli : elle est peut-être en train d’empiler 10 points sous votre nez.
Le bémol, c’est leur poids. Rafler deux objectifs peut faire basculer la partie, surtout si la personne a aussi construit des zones correctes. Ce n’est pas dramatique. Cela crée de la tension. Mais cela peut donner, au score final, une impression de bascule un peu sèche. Conseil très simple : pour les premières parties, utilisez les combinaisons proposées par la règle plutôt qu’un tirage complètement sauvage. Le hasard, c’est sympa. Jusqu’au moment où il décide de devenir comptable.
De l’interaction sans coup de massue
Panorama ressemble d’abord à un multi-solo. Chacun construit son paysage, personne ne vient coller une décharge municipale dans votre forêt. Pourtant, l’interaction existe. Elle est indirecte, mais constante. Elle se joue dans l’ordre du tour, dans les tuiles qu’on laisse, dans les objectifs qu’on dispute, dans ces micro-cadeaux empoisonnés qui font tout le charme du jeu familial moderne.
On peut prendre une tuile qui arrangeait clairement quelqu’un. On peut aller trop loin et lui offrir deux tours. On peut choisir une tuile moins bonne juste pour rester dans le rythme. Ce n’est pas violent. C’est plutôt de la taquinerie de terrasse, entre deux verres de sirop raclette-grenadine (un must chez nous en Suisse). Mais ça suffit à donner de la vie.
Matériel et DA
Soyons francs : Panorama gagne des points dès qu’on voit la boîte. Melody Leblond signe l’illustration et co-signe le jeu, et ça se sent. Les montgolfières en bois, les terrains vus du dessus, les formes ondulées, les couleurs douces : tout pousse vers le « cosy game », ce jeu réconfortant qu’on sort autant pour la sensation que pour le challenge.
Le Scorpion Masqué présente d’ailleurs le jeu comme une expérience de détente, où le visuel et les sensations comptent autant que la trouvaille mécanique. Jules Messaud l’explique très bien dans la communication éditeur : l’originalité n’est pas uniquement dans la mécanique. Voilà. Panorama assume son projet. Il ne cherche pas à être le jeu le plus malin de l’année. Il veut être celui qu’on a envie de poser sur la table un soir où tout le monde est un peu fatigué, mais pas encore prêt à juste mater une série.
Tout n’est pas parfait. Les icônes peuvent sembler petites, surtout si la lumière de la pièce décide de jouer contre vous. Le décompte final demande un peu d’attention : il faut repérer toutes les zones, compter les fleurs, les animaux, ne rien oublier. Et les tuiles aux formes atypiques ne se mélangent pas comme des dominos classiques. Des détails. Mais des détails qui empêchent la cinquième étoile.
À deux, trois ou quatre ?
À deux, Panorama devient plus lisible. Le duel de tempo est presque pur : si vous offrez un tour de trop, l’autre en profite tout de suite. Les objectifs se disputent frontalement, et l’on peut mieux anticiper les tuiles qui reviendront.
À trois, le jeu trouve probablement son meilleur équilibre. Assez de concurrence pour que le centre vive, assez de contrôle pour ne pas subir toute la partie. C’est le format « joli bazar maîtrisé ».
À quatre, Panorama devient plus opportuniste. On contrôle moins ce qui revient jusqu’à soi, mais le rythme reste court. Et comme la durée ne gonfle pas trop, on garde cette promesse essentielle : une partie qui ne s’installe pas pour le week-end.
Un air de déjà-vu, mais très bien digéré
Panorama n’est pas un jeu radical. On y reconnaît l’ordre du tour de Tokaido, Patchwork ou Thèbes. On y retrouve le scoring multiplicatif à la Kingdomino. On y sent la vague cosy de Cascadia, Harmonies ou Dorfromantik. On pense aussi à ces jeux où la table devient petit tableau personnel, un paysage dont on est vaguement fier même quand il rapporte quinze points de moins que prévu.
Cette familiarité pourra décevoir les ludothèques très fournies. On ne sortira pas de table en disant : « Je n’ai jamais vu ça ». Non. On dira plutôt : « C’était propre, joli, fluide, et j’en referais bien une ». Ce qui, dans la catégorie familial accessible, vaut parfois mieux qu’une originalité forcée avec trois modules de trop et une règle qui transpire.
Pour qui ?
Panorama vise large, et il le fait bien. Familles avec enfants dès 8 ans. Couples. Joueurs et joueuses occasionnelles. Tables mixtes où une personne veut optimiser pendant que l’autre veut juste faire un beau paysage. Parents qui cherchent un jeu court qui ne soit pas vide. Ludothèques scolaires ou médiathèques. Cadeau facile. Filler de qualité.
Il conviendra moins aux joueuses et joueurs experts qui cherchent de la rupture, de l’interaction directe, de la profondeur qui gratte le cerveau jusqu’à minuit. Panorama ne mord pas.
Pourquoi 4/5, et pas 5 ?
Parce que Panorama fait très bien ce qu’il promet, mais ne dépasse pas vraiment sa promesse. Il est beau, accessible, fluide, plus tactique qu’il n’en a l’air. Son ordre du tour donne un vrai relief. Son scoring est simple et efficace. Ses objectifs créent de la tension et de la rejouabilité.
Mais il reste classique. Les coutures se voient. Les objectifs peuvent peser lourd. Le décompte final est un peu plus administratif que le reste du voyage. Et les gros joueurs risquent d’en faire le tour assez vite.
Quatre étoiles, donc. Une très bonne note. Pas une médaille de révolution. Une recommandation solide pour qui cherche un jeu familial beau, malin, doux, et capable de rassembler autour de la table sans exiger un plan de vol en douze étapes.
Panorama, verdict
Panorama est une belle balade en montgolfière. Pas une traversée de l’Atlantique. Pas un exploit technique. Plutôt ce moment où l’on prend un peu de hauteur, où le monde paraît mieux rangé qu’en vrai, où l’on se dit qu’un paysage de carton peut suffire à faire redescendre la pression.
Le jeu ne révolutionne pas la pose de tuiles, et il ne prétend pas vraiment le faire. Il préfère soigner l’expérience : un choix clair à chaque tour, une table agréable à regarder, un tempo qui oblige à réfléchir sans plomber l’ambiance, une durée qui donne envie d’en refaire une. Pour un familial, c’est déjà beaucoup.
Un jeu de tuiles lumineux, accessible et élégant. Le genre de boîte qui ne change pas le paysage ludique, mais qui le rend plus joli pendant vingt minutes. Et franchement, vu d’en haut, c’est déjà pas mal.
- On a aimé : la cohérence thème/mécanique, les montgolfières, le dilemme de tempo, la lisibilité, la beauté générale, le format court.
- On a moins aimé : le manque de surprise mécanique, le poids parfois costaud des objectifs, le scoring final un peu pointilleux.
- C’est plutôt pour vous si… vous cherchez un jeu familial joli, fluide, calme mais pas creux, facile à expliquer et à sortir avec presque tout le monde.
- Ce n’est plutôt pas pour vous si… vous voulez de l’innovation frontale, de l’interaction musclée ou une profondeur stratégique qui occupe toute la soirée.
Panorama ne vous fera pas toucher les nuages, mais il vous évite très bien de rester au ras des pâquerettes.
Très bon !
- Date de sortie : Juin 2026
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 1 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Jules Messaud, Mélody Leblond
- Illustrations : Melody Leblond
- Édition : Scorpion Masqué
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (top à 3)
- Âge conseillé : Dès 8 ans
- Durée : 20 à 30 minutes
- Thème : Montgolfière, voyage
- Mécaniques principales : Placement de tuiles. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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